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Très chère petite Islande

4 sept.
3 min de lecture


Bruxelles ne s’y attendait pas. Là-bas, l‘Union se voit toujours irrésistiblement belle en son miroir. Dans les Balkans, en Ukraine, jusqu’à Erevan et Tbilissi dans le Caucase, les prétendants font la queue à la porte. Ils ont vraiment l’air de croire qu’une fois dans la Communauté européenne, l’eau se transformera en vin. Que cette petite Islande veuille rejoindre la famille semblait à tous bien normal. À nous, Européens, cela ne couterait rien. L’accueillir, c’était juste ajouter une chaise vide autour de la table. Et pour eux, Islandais, ce serait tellement rassurant. Avec pour voisins Poutine à l’est et Trump à l’ouest, vous comprenez vite qu’en relations internationales, on n’est amis que comme la main et le pied. Ces braves petits vikings de Reykjavic ne sont pas le genre à éclater en sanglots dès que Moscou fronce le sourcil, mais quand même ! Bruxelles se voyait déjà en grande sœur bienveillante. Pour négocier l’accueil de ce nouveau partenaire, ses diplomates ont juste ânonné leurs éléments de langage technocratique. En gros : venir dans nos bras, c’était comme ouvrir l’armoire à confitures. C’était gagné d’avance.


     Erreur : l’Islande ne nous rejoindra pas. La solitude lui convient. Dans leur île, ils sont 4 au kilomètre carré. Et presque tous sont dans la capitale. Ailleurs, ce ne sont que des glaciers, de la caillasse, des volcans, des geysers, des landes rases, de rares buissons, des mousses, des lichens... A quelques kilomètres du cercle polaire arctique, on se promène à travers un désert de débris rocheux volcaniques. Ce n’est pas le paradis en technicolor. Des vents glaciaux parcourent une toundra grise et blanche. À part les phoques et les baleines, les foules ne se précipitent pas. Pour tout vous dire, même les moustiques fuient l’endroit. Il n’y en a pas. Pas de reptiles, non plus. Ni de grenouilles. On n’est pas au jardin d’Eden. Un calme de cimetière plane. Seuls les elfes ont leurs habitudes dans cette steppe. Ce n’est pas une plaisanterie : la moitié des Islandais croient à leur présence. Une cohabitation qui leur convient à merveille. Les Islandais sont installés dans leur lointain canot comme de petits chats dans un panier. Ils ne rêvent pas d’Europe la nuit. C’est même l’inverse : Bruxelles les énerve. Or, attention : ce sont toujours des vikings. Le genre d’hommes qui ont des os incassables et le sang chaud. La lave qui affleure partout coule aussi dans leurs veines. Ils ont mené deux guerres récentes contre l’Angleterre : les guerres de la morue.


     Et pour cause : le pays est riche mais son or blanc, c’est la pêche. La très grande prospérité de l’île repose sur elle. D’où la méfiance des pêcheurs qui poussent du matin au soir des cris de cormoran contre les règlements européens et leurs quotas. Ces gros durs s’accrochent à leurs filets comme les écureuils à leurs noisettes. La violence ne leur fait pas peur. Quand l’occasion s’est présentée, ils ont éperonné les chalutiers venus d’Écosse. Chez les baleines, ils sont haïs. On assiste parfois en famille à des bains de sang de phoques dans les fjords des environs. Ne parlez pas d’espèces protégés sous ces latitudes, surtout pour le mammouth administratif de Bruxelles. A Reykjavik, on a compris depuis longtemps comment il fonctionne. Tel la grenouille de La Fontaine, il s’étend, il se gonfle, il enfle, il se travaille et, à l’arrivée, il pond des normes, par centaines, par milliers. Les négociateurs islandais sont revenus sceptiques : le sourire européen pouvait bien porter toutes les fleurs, il ne donnerait pas de fruit. Et le résultat est arrivé : par référendum, les islandais nous ont dit non.


     Bruxelles n’en est pas revenue. La capitale européenne avait eu l’impression de s’assoir à la table des négociations avec un carré d’as. Face à elle, l’Islande n’avait qu’une paire de 7. Eh bien, personne n’a raflé la mise.  C’est la vie en 2026 : notre Europe parle, parle encore, parle toujours mais n’a rien à dire, ni aucun rêve à offrir. Une toute petite hache aura suffi à abattre le grand chêne de ses illusions.   

 
 
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