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La Bataille: on est tous Charlie... De Gaulle

il y a 7 jours
3 min de lecture


Forrest Gump, Charlot, E.T, Harry Potter, Jesse James, Indiana Jones… Les Américains ont un don pour créer des héros qui nous ressemblent. Quand il se décide à mettre de gros moyens sur la table, le cinéma français préfère les valeurs sûres. Jeanne d’Arc, Napoléon, Jean Valjean plairont forcément dans un pays qui se regarde en permanence dans le rétroviseur. Cet été, patrimoine oblige, la caméra explore le passé de De Gaulle. Bon choix : une inclination de la tête et le Général mettait dix siècles d’Histoire de France entre lui et nous. Résultat : deux projections de deux heures et demi. Dans le genre bal costumé, la réussite est complète. On ne voit pas le temps passer. On redécouvre le miracle que fut l’aventure de la France Libre.


     Tout était contre elle. Et, d’abord, la simple silhouette du Général. Droit comme un clocher, raide comme un soldat de plomb, perché sur l’Aventin de nos dix siècles de gloire, il était fait pour le compromis, la négociation et les arrangements comme un sourd pour la musique. Inutile d’attendre de lui un sourire, un encouragement, ne parlons pas d’un remerciement. Autant espérer ouvrir une huître avec les doigts. Il ne babille pas, ne tourne pas autour des mots, n’élève même pas la voix : c’est la pluie qui fait pousser la récolte, pas le tonnerre. Il dit simplement ce qu’il veut. Une fois son avis exprimé, inutile d’y revenir : ce sera comme il a dit, ou ça ne sera pas.


     À Londres, quand il débarque, Downing Street n’en revient pas. Rien à voir avec la classe politique française habituelle, cette chambrée de radicaux et de socialistes dont la rage de conciliation donnait le vertige. Habitués à Blum, lettré mais mollusque, à Daladier, bas de plafond et bras ballants, ou au virevoltant Raynaud, Churchill et ses conseillers n’en croient pas leurs yeux : cet inconnu à la tête de bande dessinée (je les cite) compte n’en faire qu’à son idée. Et là, miracle : Churchill est joueur comme les cartes. Toute sa vie, il a pris des paris. Aux Dardanelles, avec les tanks en 1916, à Dunkerque, il a toujours sauté sur les occasions, jamais hésité à faire tapis. Ce soldat inconnu lui plait. On ne choisit pas les poissons qu’on pêche et ce géant incommode le change agréablement de la France habituelle qui a opposé Pagnol et Maurice Chevalier à Rommel et Guderian. Il va parier sur lui contre l’avis de son cabinet qui trouve ce De Gaulle utile comme une selle sans cheval. On les comprend : la politique sans statut officiel, c’est la nature sans jardinier, de vastes panoramas sans aucune perspective. Eh bien, grâce à Churchill, De Gaulle s’en passera. Au prix de mille crises de nerf car, faites confiance au Général, il s’adresse au Premier Ministre comme Don Quichotte à Monsieur Pikcwick. Résultat : ils se haïssent et ne peuvent se passer l’un de l’autre. Même attitude hautaine avec Franklin Roosevelt. « La bataille De Gaulle » en fait son miel.


    Mais le trésor du film, ce sont ses reconstitutions. Koenig pendant le siège de Bir Hakeim, Leclerc dans la passe montagneuse de Ksar Ghilane, De Gaulle proche du suicide après l’échec du débarquement à Dakar, Giraud dont la vision politique tient dans un dé à coudre... Moulin, les pêcheurs de l’Ile de Sein, Darlan, ils sont tous là, même ce pauvre Pétain grelottant des discours de dix phrases. À moins d’être titulaire d’une agrégation d’Histoire, impossible de saisir toutes les allusions frôlées par le film mais l’effet est là : on sent l’époque et on vit l’effroyable solitude du Général pendant l’été 40 à Londres. Prétendre incarner la France quand on attend des jours entiers coups de fil et compagnons qui n'arrivent pas ! C’est simple : il se lançait dans la jungle sans machette ! Mais jamais, il ne transigeait et on comprend pourquoi ce film enthousiasme la France de 2026.


     Des enquêtes internationales le répètent : les Français sont encore plus pessimistes sur leur avenir que les Afghans et les Iraniens. Ils n’y croient plus. Leur classe politique les déçoit, les exaspère, parfois les dégoute. Pourquoi ? Parce que nos élites sortent toutes du même moule et des mêmes écoles qui, par définition, ne remettent jamais le système en cause. Or, en 2027, le système de la V° est aussi vermoulu que celui de la III° en 1939. Nos élus avancent en lacets dans leurs raisonnements, reculent à la moindre bosse constitutionnelle et enchainent les mêmes discours convenus, prudents et délayés. Accrocs au compromis, le consensus artificiel est leur morphine. Et le pays se soigne au somnifère.

   

 Le pire, c’est qu’on ne fait rien car, en France, on se console aussi vite qu’on se désole. Tout va mal mais on passe à autre chose. Dernièr remède, cet été : on est allé au cinéma et on se retrouve tous Charlie... De Gaulle.

 
 
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