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Léon XIV: le grand agenouillement

7 oct.
3 min de lecture


     Quel parti, quel syndicat, quelle institution peut déplacer des centaines de milliers de personnes prêtes à attendre des heures pendant que, devant leur télévision, d’autres millions ne quittent pas l’écran des yeux ? Personne, sauf le Pape. On n’en revient pas. Personne ne s’attendait à un tel hymne à la joie. Depuis des décennies, en France, on se contentait d’un catholicisme allégé, sans sermons, sans trop longues cérémonies, sans quête, sans confession, avec juste une ou deux fêtes tous les six mois. Baptêmes, mariages et enterrements suffisaient à notre ferveur. Et là, tout à coup, venu de nulle part, un effet de souffle a réuni des foules joyeuses, paisibles, diverses, souriantes, optimistes, inspirées, ferventes, bienveillantes, rayonnantes et respectueuses.


     À la surprise générale, toutes voulaient apercevoir la personne sur terre la plus proche de Jésus-Christ ! Et qu’ont-elles vu ? Un sourire discret et désarmant. Et un homme qui, d’un regard, a balayé des années de propagande anti-chrétienne comme il aurait aplati un château de sable. Vieille comme la mer, l’Église s’est révélée fraîche comme la neige. Des foules se sont aperçues qu’elles appartenaient à la même immense famille. Depuis des années, on nous parlait de grand remplacement, de grand déclassement et de grand réchauffement et, soudain, on a assisté au grand agenouillement. Avec 20000 participants, le one-man-show de Jean-Luc Mélenchon à Saint-Denis était ravalé à une sorte de kermesse. Mieux qu’une visite, ce voyage du Pape aura été une épopée.


     Très habile, cet évêque de Rome. Il a vite compris que la France avance avec l’œil fixé sur le rétroviseur. Dans un pays qui vit sur son patrimoine comme un rentier sur ses fermages, il a caressé sa « chère France » dans le sens du poil.  Références à la « fille ainée de l’Église », vénération pour nos innombrables saints dont il a fait défiler les bannières oubliées dans leurs sacristies, hommages aux monastères qui ont quadrillé le pays, construit des écoles, répandu les techniques agricoles, défriché les forêts, bâti des hôpitaux, élevé des églises et façonné nos communautés... Célibataire par vocation, il a su trouver les mots pour séduire la douairière qui se croit toujours jeune et jolie.  Comment ? En faisant le contraire de François, son prédécesseur, dont le regard glissait parfois vers elle mais tombait avant de l’atteindre. Les yeux de ce jésuite avaient l’air de survoler une vieillerie coloniale et bavarde. Rien à voir avec ceux de Léon, bleus et si doux qu’ils avaient l’air illuminés de l’intérieur. Lui semblait sous notre charme. Comme si lui aussi nous trouvait toujours la plus belle dans son miroir. La France adore qu’on l’aime. Elle a été servie.


     Avec ça, il a dit ce qu’il avait envie de dire. Sans mâcher ses mots, simples et limpides. Pas de pathos, pas d’emphase, juste des convictions : il ne faut pas abandonner les racines chrétiennes qui nous ont donné des ailes, la liberté scolaire est sacrée, la fin de vie ne doit pas être abandonnées à une fausse « compassion médicale » ... Évidemment il a parlé de paix et condamné la guerre mais là où François appelait l’Ukraine à hisser le drapeau blanc, lui a parlé de « légitime défense ». C’était clair et net mais calme. Une sobriété convaincue en contraste violent avec l’hyper-bavardage déployé en permanence par notre classe politique. Cette sérénité, cela dit, ne cédait sur rien. Le Vatican tenait toujours le même discours et continuerait. Face à Louis XV qui voulait changer leur règlement, le général des Jésuites avait répliqué : « Sint ut sunt, aut non sint » : « Qu’ils soient ce qu’ils sont ou qu’ils ne soient plus ». Léon XIV ne dit pas autre chose. L’Église ne changera pas. Et peu importe si elle nous étonne : seul ce qui nous dépasse peut nous unir.


     Nos élus, en revanche, devraient tirer des leçons de cette visite. Le Pape n’est ni familier, ni agité. Il ne mêle pas chaque soir son grain de sel à l’actualité. Il nous épargne les interviews en rafale, les réactions à chaud, les éléments de langage et le brassage de mots. Loin de prétendre écrire le futur, il incarne nos coutumes, nos traditions, nos rites et nos convictions. Ce n’est pas lui qui changera l’uniforme des Gardes Suisses. Le mois prochain n’est pas l’alpha et l’oméga de sa pensée. Pour l’Église, le progrès n’est que l’innovation qui répare les problèmes de l’invention précédente. La pensée du Christ, elle, n’a pas d’âge. Et, comme une étoile éteinte depuis longtemps, elle continue de briller. Et d’illuminer la France à sa grande surprise.

 
 
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