La canicule va rapporter gros
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C’est vrai : j’ai dit mille fois que Paris serait la ville la plus agréable du monde si elle avait le climat de Barcelone. Je ne m’attendais pas à être pris au mot. Une fois pour toutes, comme en toute chose, la France était un pays tempéré : de larges rivières, de longues côtes atlantiques, de hauts sommets alpins, de la douceur angevine, des cigales en Provence... Chez nous, Dieu et la nature avaient vraiment travaillé main dans la main. Côté climat, tout allait pour le mieux. À partir de Mai, chacun faisait ce qui lui plait. Tout le monde souriait au soleil. Ce n’est pas moi qui ai inventé « Beau Juin, beau grain ». Ni « Soleil qui donne n’a jamais ruiné personne ». Si vous n’aimiez pas la chaleur, il vous restait la Normandie. Des climatologues tiraient la sonnette d’alarme mais on ne tendait pas une oreille très attentive. Il y a mille ans que des rabat-joie pleurent sur la disparition des saisons. François Villon en appelait déjà « aux neiges d’antan ». Et puis, de loin, la chaleur ne fait pas tellement peur. On voit la pluie et ses dégâts, le vent et les siens, la foudre, les inondations, les glissements de terrain... Mais la chaleur ! Elle arrive en douce, ne se montre pas et, d’un coup, elle est là, tombée du ciel, impitoyable, indélogeable, insupportable. C’est une sournoise : même quand elle se tait, elle parle. À mon époque, on disait que c’était l’été.
Songer que Stendhal écrivait aimer les pays où l’on a besoin d’ombre. Qu’aurait-il trouvé à dire de Paris en 2026 ? Ou même de l’Ile-aux-Moines devenue une après-midi la commune la plus chaude de France : 39° à l’ombre ! Et pas d’ombre. Pas le moindre courant d’air non plus. Comme si la hausse du thermomètre s’accompagnait de nouveaux concepts : la Bretagne tropicale ! Sauf qu’il ne s’agit pas d’une fantaisie de scénariste comme le carré circulaire ou l’apéritif sans alcool. Mais de la réalité.
Donc, en effet, tout change. Tout, sauf les réflexes politiciens. Eux, comme l’air sec, ils n’opposent aucune résistance au soleil. Et, pour eux, face à lui, comme face à la pluie, tout devient affaire gouvernementale. La gauche maternelle dénonce « l’impréparation manifeste » et les « budgets de misère » qu’elle repère toujours partout. Comme d’habitude, la droite surveillante prophétise l’apocalypse et réclame des actes de contrition. Je ne parle pas des Verts : tout cela, ils l’annonçaient depuis cent ans. Avec eux, le pire est toujours sûr : rien qu’en respirant, on pollue. Ils déclament toute une symphonie de soupçons et d’accusations. Pas question, en revanche, de proposer des solutions. Surtout ne leur parlez pas de climatisation. Ils interdisent absolument d’appuyer sur cette petite sonnette d’alarme « qui ne servira à rien contre les incendies ». Tant pis si elle sauve la vie des grands-mères et rend la nôtre supportable. Ça n’est pas bio, donc ça ne leur plait pas. Aux JO de Paris, ils avaient même conçu un village olympique sans elle. Les athlètes n’avaient pas tellement apprécié. Elle leur aurait bien plu cette clim. Et ils n’étaient pas les seuls. D’autres aussi la regardent avec les yeux de Chimène.
Et pour cause : impossible de ne pas réagir à une telle série de canicules. L’argent européen et les primes gouvernementales vont forcément se mettre à tomber du ciel. Depuis quelques années, la rénovation énergétique a fait pleuvoir les millions. Et même les milliards. Sur un peu tout le monde, au doigt mouillé si l’on ose dire en période de sécheresse. Les modalités d’attribution de MaPrimRenov changeaient tous les mois. En Mars, vous y aviez droit ; en Mai, votre tour était passé ; en Juillet, il fallait carrément rembourser ; en septembre, on en revenait au contrat type du mois de Mars. Et je n’évoque pas les mystères liés au DPE, le fameux « diagnostic de performance énergétique ». Vous et moi, on n’y comprenait rien. D’autres, en revanche, naviguent sur ces eaux tourbillonnantes comme sur le lac du Bois de Boulogne. La Cour des Comptes s’indigne mais, comme d’habitude, cela n’a aucune suite. Je vous rassure : la clim ne va pas échapper aux petits malins qui ont transformé des milliers de logements en bouilloires thermiques. Et, au fond, tant mieux. Ça ira plus vite que si on attend que l’État prenne l’affaire en mains. On le connait ce patapouf. Le temps qu’il ait fini de rédiger ses normes, ses décrets, ses exemptions, on sera entré en phase de glaciation.
Et on parlera avec nostalgie de la canicool de 2026.