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Les Canards du Golden Gate

Chaque année, au printemps, des canards venus du Mexique se posent dans la baie du Golden Gate. Là, gavés de pop-corn par les promeneurs, ils passent un été de rêve. Quand arrive l'hiver, leurs ailes ne les portent plus tant ils ont gonflé. San Francisco devient leur port d'attache permanent. Hugues, vingt ans, musicien, part faire son service militaire aux Antilles. Chargé. grâce ce à un copain, de la chronique rock des Nouvelles de Mariavah, le quotidien local, il assiste depuis la coulisse aux manœuvres de la préfecture pour contrer les indépendantistes. Par ses amis des groupes pop de l'ile, il suit aussi la campagne électorale du côté adverse. Là encore, il découvre que les grands sentiments n 'empêchent pas les petits calculs et devine que les autonomistes perdront les élections . Les Antillais, en effet, sont des canards du Golden Gate : eux aussi sont tenus par le ventre. Abreuvés de subventions par la métropole, ils ne veulent pas l 'indépendance. Une complaisance qui ne choque pas Hugues. Lui-même amoureux de Claire, une fille de son âge, l'abandonne pour rentrer en France avec Élisabeth, beaucoup plus âgée, mais plus riche, plus «utile». À sa manière, il est un canard du Golden Gate.

Mercure de France, 1982

Je vous confirme que Les Canards du Golden Gate de Gilles Martin-Chauffier est le roman le plus intelligent de la rentrée. Et le plus lisible. Pas forcément le plus sympathique, pas forcément le plus aimable. C’est sec. C’est moderne. C’est très littéraire et très vivant, ce qui n’est pas forcément contradictoire. L’auteur a vingt-sept ans.


Bernard Frank / Le Matin de Paris / Septembre 1982

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