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L'Ouest

Le combat de deux hommes est souvent le choc de deux cultures. Au printemps 1981, Hector Talmon a peur. Il redoute une victoire de François Mitterrand et appréhende une loi sur la presse qui permettrait à la gauche de démanteler son empire. Il a deux fois tort. D’abord parce que les socialistes parlent comme le vieil Horace, agissent comme Sganarelle, ne lui font aucun mal et vont même lui offrir une chaîne de télévision. Ensuite parce que, pour se défendre de faux adversaires, il va encourager un véritable ennemi. Ayant décidé de se faire élire à Vannes pour bénéficier de l’immunité parlementaire, il apporte à la principale radio libre du golfe du Morbihan des moyens financiers considérables. Avec ces sommes, Loïc Flahaut, son propriétaire, va surfer sur la vague des radios libres et créer un réseau qui couvrira bientôt la France entière. Talmon dirige son empire depuis Paris et Loïc Flahaut bâtit sa propre puissance à partir de Vannes, mais le cœur de l’intrigue bat à l’Ile-aux-Moines. Là, dans un univers où depuis des siècles règnent les femmes, se cristallise la haine contre le milliardaire parisien venu s’acheter une circonscription bretonne comme on acquérait une charge sous l’Ancien Régime. Symbole de l’Occident sûr de son passé et fier de sa culture, l’ancienne île des moines de l’abbaye de Saint-Gildas voudra rejeter l’intrus.

Éditions de Fallois, 1991

Si le manque d’imagination des imaginatifs professionnels fait souvent peine à voir, la fantaisie maitrisée d’un Gilles Martin-Chauffier ne peut qu’éblouir. Le lecteur s’émeut, compatit, rit aux éclats, bercé par la phrase et pris par la force des évocations. Le jeu rebondissant de l’intrigue ne laisse aucun répit, surtout pas le temps de souhaiter refermer son livre avant dénouement : car « L’Ouest » est aussi un roman policier.


Yann Queffélec / Le Nouvel Obs / Septembre 1991

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